Etrange nom que porte cette émission: le Politic’SHow quand tout semble l’éloigner, précisemment, de ce que pourrait être un “show”. Ce Politic’Show se découpe en 4 catégories: La minute Politic’, Politic’ Date, Politic Show et Politic Road.
Si j’ai été un peu excédé par les différents Politic’Date et Politic’Road (montage clipé, split screen, musique omniprésente pour un résultat présentant peu d’intérêt, bref tout ce qui m’énerve), si j’ai trouvé 2-3 jolies choses dans “la minute Politic” (notamment 10 minutes d’un “plan-séquence” (lire: un plan long de neuf minutes sans coupes, pour être plus précis) de l’excellente Clémentine Autain, joliement filmée en plan serré (j’attends impatiemment une rencontre plus longue, comme promise sur le site), j’ai surtout été trés emballé par le “Politic’Show: futurs présidents.”
Je n’ai pas l’habitude d’attribuer à ce qui passe réguliérement sur mes divers écrans le statut de document , ni même de reconnaitre la valeur documentaire de tous ces empilages de mots et compilations d’images et de sons qui nous sont proposés (imposés?). Et bien j’avoue qu’avec le premier épisode de ce Politic’Show, j’ai l’impression, comme rarement donc, d’être en face d’un document…
De même j’ai rarement l’impression que l’exercice de l’interview mérite la présence d’une caméra…bien souvent, le son seul suffit, et l’image, bien loin de rajouter de l’information, du sens, voire parfois de l’intelligibilité, brouille les cartes et ne fait qu’induire la mise en place d’un “dispositif spéctaculaire” qui nuit donc au discours ou à la conversation. Ici, l’image a une véritable valeur.
De quoi s’agit-il ? D’une interview de Jean-Marie Le Pen, une heure, deux caméras, un intervieweur donc, et la voix d’un conseiller en communication. Caméra 1: plan fixe, Le Pen au milieu de l’image, assis, comme posé là, vieux, comme vascillant, quasi absent pendant la (longue) introduction. Etonnante cette distance physique avec l’intervieweur (à qui est-elle dûe ? à l’intervieweur ou au conseiller en communication ? )Caméra 2: plan serré, trés serré : le regard de Le Pen, sa bouche, son menton, ses dents, l’illumination dans ses yeux quand il parle de Sarkozy, ou quand il évoque les maisons closes, la perdition quand il évoque des sujets qu’il ne maitrise pas, pour lesquels il reste vague, voir carrément incompétent (l’écologie particulièrement, la santé aussi (les fameux “sidaïques” (ce mot…) (le sida est contagieux, la sodomie est la cause de la transimission du sida…)))…
Une heure d’interview donc, sans coupes (sauf changement de cassettes, et interpellation du conseiller en com’), pleine face. Et là on voit, on assiste, à quelque chose d’étrange, de jamais vu dans le cas de Le Pen (ni d’aucun autre homme politique d’ailleurs) : au bout d’un peu plus d’une demi heure d’interview, la fatigue, le relachement, voir même le grand n’importe quoi cosmique. Dés le début comme je l’ai déjà dit, Le Pen semble physiquement moins en forme qu’on ne l’a déjà vu, mais là, son discours se relache, s’embrume. Il est nettement moins à l’aise que dans les shows télévisés taillés pour lui car vitaminés, rythmés, sur-rythmés, sur-découpés. Il part en roue libre, se laisse glisser tranquilement vers un délire de vieux contestataire nationaliste. Il en vient même à parler de “prédictions”, à se laisser aller à l’utilisation de la troisième personne le concernant (“…à moins que Le Pen ne soit président…” dit-il). Lorsqu’il essaye d’aborder le thème du réchauffement de la planète, ou quand il parle de spiritualité, son discours s’enlise, il rappelle étrangement celui d’un Jean Claude Van Damme en pleine dépossession de ses moyens.
Pas d’affrontement ici, pas de gants de boxe, ça ne sert à rien, on ne tire pas sur les ambulances : “on va pas se battre sur les statistiques” lance Nicolas Voisin, et il a raison: ne pas ramener Le Pen sur son terrain… Dans la durée, pendant une heure, en faisant lentement glisser Le Pen hors des ses “domaines de compétences” (économie, politique …), en l’usant, mine de rien, tranquillement, il le laisse s’embourber, s’enliser dans son propre flux de paroles.
D’aprés le débriefing, Le Pen n’a pas souhaité parler de son programme, il n’a pas souhaité aborder un bon nombre de questions précises. C’est sûrement dommage, si ce qu’on veut c’est connaitre les idées de Le Pen sur ces points précis, mais c’est surtout dommage pour lui-même, et c’est tant mieux pour ce beau document halluciné, hallucinant et crépusculaire…
Nicolas Voisin a alors sûrement réussi à répondre à une question qui taraude pas mal d’intervieweurs de la sphère mediatico-politique: comment démonter Lepen ? En le laissant parler tout simplement.
Je me premettrais simplement, plus prozaiquement, de faire remarquer à Nicolas Voisin cet énervant problème de son: sa voix trop présentante, la voix de Le Pen trés lointaine, pleine de reverb’ … C’est assez pénible, mais à la reflexion, peut être que cette voix “spectrale” est aussi à l’origine de cette impression générale.
Je reprocherais aussi également plusieurs petites choses : pourquoi ne pas publier (d’une façon ou d’une autre) les circonstances des rencontres (combien de temps tout celà à durer, hors interview, que s’est il passé pendant tout ce temps, comment ont été faites les demandes, quelles difficultés ou facilités ont été rencontrées etc…) On en apprend un peu plus ici , dommage que tout celà, et plus ne soit pas in extenso sur le site. Autre remarque, pourquoi n’avons-nous droit qu’à quelques secondes du débriefing du directeur de com (qui, semble-t-il à durer une heure ?)
Pour finir, j’espère simplement que Nicolas Voisin “blogueur qui travaille actuellement dans la communication à Bordeaux” ne fait pas tout celà pour faire les yeux doux aux médias (et à leurs méthodes) plus “traditionnels” disons… Qu’il ne sera pas trop attiré par les lumières de la télévision, ou au hasard, de Karl Zéro …. Bref, qu’il ne cherche pas un job à la télé.
Ce blog étant hébergé par WordPress.com, il m’est impossible d’intégrer la video (dailymotion) ici. voici donc le lien:
PoliTIC’Show #1 – J-M Le Pen
envoyé par politicshow