Archive pour octobre, 2006

Politic’Show: à l’opposé du show politique

octobre 27, 2006

Etrange nom que porte cette émission: le Politic’SHow quand tout semble l’éloigner, précisemment, de ce que pourrait être un “show”. Ce Politic’Show se découpe en 4 catégories: La minute Politic’, Politic’ Date, Politic Show et Politic Road.

Si j’ai été un peu excédé par les différents Politic’Date et Politic’Road (montage clipé, split screen, musique omniprésente pour un résultat présentant peu d’intérêt, bref tout ce qui m’énerve), si j’ai trouvé 2-3 jolies choses dans “la minute Politic” (notamment 10 minutes d’un “plan-séquence” (lire: un plan long de neuf minutes sans coupes, pour être plus précis) de l’excellente Clémentine Autain, joliement filmée en plan serré (j’attends impatiemment une rencontre plus longue, comme promise sur le site), j’ai surtout été trés emballé par le “Politic’Show: futurs présidents.”

Je n’ai pas l’habitude d’attribuer à ce qui passe réguliérement sur mes divers écrans le statut de document , ni même de reconnaitre la valeur documentaire de tous ces empilages de mots et compilations d’images et de sons qui nous sont proposés (imposés?). Et bien j’avoue qu’avec le premier épisode de ce Politic’Show, j’ai l’impression, comme rarement donc, d’être en face d’un document…

De même j’ai rarement l’impression que l’exercice de l’interview mérite la présence d’une caméra…bien souvent, le son seul suffit, et l’image, bien loin de rajouter de l’information, du sens, voire parfois de l’intelligibilité, brouille les cartes et ne fait qu’induire la mise en place d’un “dispositif spéctaculaire” qui nuit donc au discours ou à la conversation. Ici, l’image a une véritable valeur.

De quoi s’agit-il ? D’une interview de Jean-Marie Le Pen, une heure, deux caméras, un intervieweur donc, et la voix d’un conseiller en communication. Caméra 1: plan fixe, Le Pen au milieu de l’image, assis, comme posé là, vieux, comme vascillant, quasi absent pendant la (longue) introduction. Etonnante cette distance physique avec l’intervieweur (à qui est-elle dûe ? à l’intervieweur ou au conseiller en communication ? )Caméra 2: plan serré, trés serré : le regard de Le Pen, sa bouche, son menton, ses dents, l’illumination dans ses yeux quand il parle de Sarkozy, ou quand il évoque les maisons closes, la perdition quand il évoque des sujets qu’il ne maitrise pas, pour lesquels il reste vague, voir carrément incompétent (l’écologie particulièrement, la santé aussi (les fameux “sidaïques” (ce mot…) (le sida est contagieux, la sodomie est la cause de la transimission du sida…)))…

Une heure d’interview donc, sans coupes (sauf changement de cassettes, et interpellation du conseiller en com’), pleine face. Et là on voit, on assiste, à quelque chose d’étrange, de jamais vu dans le cas de Le Pen (ni d’aucun autre homme politique d’ailleurs) : au bout d’un peu plus d’une demi heure d’interview, la fatigue, le relachement, voir même le grand n’importe quoi cosmique. Dés le début comme je l’ai déjà dit, Le Pen semble physiquement moins en forme qu’on ne l’a déjà vu, mais là, son discours se relache, s’embrume. Il est nettement moins à l’aise que dans les shows télévisés taillés pour lui car vitaminés, rythmés, sur-rythmés, sur-découpés. Il part en roue libre, se laisse glisser tranquilement vers un délire de vieux contestataire nationaliste. Il en vient même à parler de “prédictions”, à se laisser aller à l’utilisation de la troisième personne le concernant (“…à moins que Le Pen ne soit président…” dit-il). Lorsqu’il essaye d’aborder le thème du réchauffement de la planète, ou quand il parle de spiritualité, son discours s’enlise, il rappelle étrangement celui d’un Jean Claude Van Damme en pleine dépossession de ses moyens.

Pas d’affrontement ici, pas de gants de boxe, ça ne sert à rien, on ne tire pas sur les ambulances : “on va pas se battre sur les statistiques” lance Nicolas Voisin, et il a raison: ne pas ramener Le Pen sur son terrain… Dans la durée, pendant une heure, en faisant lentement glisser Le Pen hors des ses “domaines de compétences” (économie, politique …), en l’usant, mine de rien, tranquillement, il le laisse s’embourber, s’enliser dans son propre flux de paroles.

D’aprés le débriefing, Le Pen n’a pas souhaité parler de son programme, il n’a pas souhaité aborder un bon nombre de questions précises. C’est sûrement dommage, si ce qu’on veut c’est connaitre les idées de Le Pen sur ces points précis, mais c’est surtout dommage pour lui-même, et c’est tant mieux pour ce beau document halluciné, hallucinant et crépusculaire…

Nicolas Voisin a alors sûrement réussi à répondre à une question qui taraude pas mal d’intervieweurs de la sphère mediatico-politique: comment démonter Lepen ? En le laissant parler tout simplement.

Je me premettrais simplement, plus prozaiquement, de faire remarquer à Nicolas Voisin cet énervant problème de son: sa voix trop présentante, la voix de Le Pen trés lointaine, pleine de reverb’ … C’est assez pénible, mais à la reflexion, peut être que cette voix “spectrale” est aussi à l’origine de cette impression générale.

Je reprocherais aussi également plusieurs petites choses : pourquoi ne pas publier (d’une façon ou d’une autre) les circonstances des rencontres (combien de temps tout celà à durer, hors interview, que s’est il passé pendant tout ce temps, comment ont été faites les demandes, quelles difficultés ou facilités ont été rencontrées etc…) On en apprend un peu plus ici , dommage que tout celà, et plus ne soit pas in extenso sur le site. Autre remarque, pourquoi n’avons-nous droit qu’à quelques secondes du débriefing du directeur de com (qui, semble-t-il à durer une heure ?)

Pour finir, j’espère simplement que Nicolas Voisin “blogueur qui travaille actuellement dans la communication à Bordeaux” ne fait pas tout celà pour faire les yeux doux aux médias (et à leurs méthodes) plus “traditionnels” disons… Qu’il ne sera pas trop attiré par les lumières de la télévision, ou au hasard, de Karl Zéro …. Bref, qu’il ne cherche pas un job à la télé.

Ce blog étant hébergé par WordPress.com, il m’est impossible d’intégrer la video (dailymotion) ici. voici donc le lien:

PoliTIC’Show #1 – J-M Le Pen
envoyé par politicshow

Web 2 Zero : le niveau zero du Web ?

octobre 27, 2006

Karl Zero évincé du petit écran revient par la petite porte (enfin, la porte s’appelle quand même AOL) sur la toile mondiale avec son Club du Net AOL (oui comme AOL) diffusé sur Web2Zero.

Karl Zero dit avoir retrouvé sur son “club du net AOL” la liberté éditoriale qu’il avait depuis longtemps perdu, parait-il, sur Canal Plus. Il en parle ici et on peut voir la première émission ici, Laurent Fabius en est le premier invité.

Ca commence plutot mal, par un “sondage” AOL (oui, comme AOL) dont il avoue lui-même qu’il n’a pas été réalisé selon la méthode classique des panels représentatifs mais selon le bon vouloir de qui veut bien répondre…via AOL… Trés représentatif donc… déjà que l’on ne peut que faire moyennement confiance aux sondages “classiques” (enfin moyennement confiance quand ils sont mis dans les mains de sagouins médiatico-politique, sans aucunes analyses valables derrière).

Aprés un petit sketch ridicule (ben oui, Karl Zero oblige) une interview de Fabius, l’invité de cette première émission, sur le mode du tutoiement bien evidemment… ronronante l’interview… entrecoupée de petits magnétos divers et variés, qui se veulent impertinents mais qui ne sont pas vraiment pertinents (sans parler des sketchs, toujours ridicules)… A noter un petit bout d’archive, datant de quelques dizaines d’années dans laquelle j’ai cru reconnaitre la voix de Moati qui… tutoyait, le plus naturellement du monde, le jeune Fabius… Egalement au programme, l’intervention d’un chroniqueur (“un jeune”, forcément), des questions posées à Fabius par des “jeunes” du “neuf trois” (le “neuf trois” est apparemment un département dont la moyenne d’age est d’une vingtaine d’années), des micro-trottoir (le degré zéro du journalisme). Cette petite séquence, ça fait authentique, genre le peuple parle à Fabius…mais quel intérêt, puisqu’il ne s’agit pour le jeune que de poser une question de 10 secondes maxi, sans aucun échange à suivre. Karl Zero aurait trés bien pu poser ces questions lui même.

A suivre, trois blogueurs (des djeunz encore) : Sebastien Fontenelle, Guy Birenbaum (En tant que directeur des éditions Privé, il a notamment publié les livres [...] de Karl Zéro nous apprend Wikipédia), Nicolas Voisin pour interviewer Fabius a leur tour… là encore, mis  à part les interventions de Birenbaum qui permet à Fabius de s’exprimer plutot longuement, ça ronronne doucement (pour faire intelligent, on reparle même éternellement de Bourdieu (facile de le citer, de l’instrumentaliser maintenant, surtout si vraissemblablement on ne s’y ait jamais intéressé de son vivant, encore moins lu ou écouté), mais évidemment ça tombe à plat, puisque ça n’a aucun intérêt).

Autre petit gadget: les internautes posent leurs question, via leur webcam… rien de bien pertinent, là encore des questions qui font moins de 10 secondes, des réponses courtes, bien préparées, bref ça glisse.

En résumé, rien de bien passionnant ici, Karl Zéro fait de la télé comme en fait Christine Ockrent ou Arlette Chabot, mais il la diffuse sur le net, parce que le net, c’est l’avenir surement. Si chez AOL, il a retrouvé sa liberté éditoriale comme il le dit, qu’il la mette à l’épreuve ! Mais Karl Zero, sans l’apport de l’agence Capa dont les journalistes  signaient les reportages du Vrai Journal en est il encore capable ?

Quelques mots maintenant sur le principe de fonctionnement de Web2zero. Apparemment, le cheval de bataille de Karl Zero, c’est la démocratie, la citoyenneté active, bref, on donne la parole librement à tout le monde, surtout à toi qui nous regarde. On peut lire d’ailleurs dans les commentaires de l’émission Club Du Net AOL : “Le fait de voir ma participation me prouve bien que c’est une émission citoyenne où l’on peut avoir la parole !”. Etrange, comme le fait de voir sa trombine à la télé peut faire croire qu’on nous a donné la parole, qu’on nous a laissé nous exprimer librement. Certes, la parole est donné mais rien n’en est fait, les questions sont les mêmes que celles qu’auraient pu poser le premier journaliste venu.

Sur le Web2Zero, tu peux aussi envoyer tes propres videos ! Puisque l’idée de Karl Zero, c’est de faire un site “démocratique” où tout le monde peut s’exprimer… résultat : Web2Zero ne vaut pas mieux qu’un YouTube: crétin, sans fondements, amusant parfois il faut l’avouer, démago, voir populo, voir carrément douteux (cf les interventions d’un certains pillulerouge, visage courageusement masqué, voix déformée, agitant théories du complot et peurs archaïquo-paranoiaques à travers une non-pensée simpliste relayée par des vidéos racoleuses et malhonnêtes, pour ne pas dire plus, a deux doigts de conclure que Sarkozy pourrait être à l’origine d’éventuels attentants en France, pour servir sa cause, comme l’ont été Aznar en Espagne, Blair en Angleterre et Bush aux Etats Unis (tous les 4 complices d’ailleurs), n’hésitant pas à comparer Bush à Hitler, à coup de montages honteux. Ce type dénonce l’ennemi en utilisant les même méthodes que lui.
Je passe évidemment sur les attaques anti Sarkozy, anti Bush, anti MacDo, anti pas mal de trucs en fait qui reste au ras des paquerettes (Je tiens à signaler moi même ici, que je suis profondément anti-capitaliste, anti-libéral et tout le toutim (ne parlons même pas de Sarkozy et de ses semblables))

Pour avoir une idée de ce qui se passe sur ce site, jetons simplement un coup d’oeil au tags : 11 septembre al qaida ben laden bush center chanson clip conspiration documentaire ecologie environnement france fun guerre humour irak musique parodie police politique presidentielle ps rap royal sarkozy segolene socialiste terrorisme trade ump usa world 911 2007  …  tout un programme, trés “Zérien” d’ailleurs.

L’ambition de Karl Zéro de developper un site où la parole serait donnait aux citoyens, invoquant la démocratie, comme pour beaucoup d’entreprises de ce genre dans les medias, vient surement de la volonté de combler un manque total de compétences, de professionalisme, de déontologie, j’en passe, ajouter à une flagrante paresse de la part de la plupart des journalistes: c’est à eux de relier (et relier ne veut pas simplement dire mettre en présence) le peuple aux dirigeants et les dirigeants au peuple (puisque nous sommes dans ce système médiatico-politique supposé démocratique), avec leurs pensées, leurs analyses, leur sens critique etc… Faire leur boulot de journalistes et pas simplement servir de tuyaux de transmission vide, à remplir au grés de chacun.

Que ces videos proposées par des internautes soient diffusées, pourquoi pas, mais elles doivent être analysées, critiquées, remise en questions, en perspective etc… autrement que par des “oué tro cool ta video” en commentaire. Il est là le travail du journaliste, enfin il me semble…

 Pour finir, à noter que, ironie du sort (ou du capitalisme plutôt), la société de production de Karl Zéro, fièrement nommée “la société du spectacle” appartient à 50% à Endemol…

“Ce soir ou jamais” s’enferme

octobre 26, 2006

Frédéric Taddéi est un mec qui, une fois le bac en poche, a choisi d’arréter ses etudes car, selon lui, elles l’auraient conduit à un métier. Pendant une dizaine d’années, il a donc vadrouillé, voyagé, s’est cultivé… Un type affichant ce genre de profil a déjà pas mal de raisons de me plaire.

En jugeant sur pièces, ( “regarde les hommes changer” à la radio, “paris dernière” à la télé) on constate en plus qu’il est fin, intelligent, cultivé, analytique, que, contrairement à nombres de ses “confréres”, il sait écouter et laisser la parole circuler.

Malheureusement, son emission quotidienne sur France 3, “ce soir ou jamais” semble avoir quelques problèmes d’ordre mediamétrique entre-autre. Je dis malheureusement bien que personnellement, à priori, je m’en foutes, mais, évidemment, ce n’est pas le cas de tout le monde.

On assiste donc, au fil des émissions à ce désormais classique recentrage que l’on peut voir à l’oeuvre sur la plupart des nouvelles emissions de rentrées depuis quelques années. Sous nos yeux ébahis, semaines aprés semaines, ces émissions mutent. Le “concept” comme “ils” disent s’affine, ou au contraire (c’est plus souvent le cas) devient plus grossier, plus fourre-tout. La disposition du plateau change, le décor évolue etc…

Les premières émissions de “ce soir ou jamais” étaient alléchantes: sur le mode de la conversation, des points de vues s’échangeaient, des rencontres, éphéméres, se faisaient, sans vrais sujets établis, donc sur tous les sujets possibles, les idées et la parole circulaient dans un décor sans véritables formes, plutot un espace où l’on pouvait aller se promener, d’une conversation à une autre. Bref, tout celà était fort agéable et on était à mille lieux de ces fameux “débats” à thèmes…

Le recentrage donc: parce que au fil des émissions, l’espace de “ce soir ou jamais” s’est clos. Taddéi est maintenant au centre du dispositif, et de part et d’autre, des fauteuils où siègent les “invités”. Invités qui sont là pour une bonne raison: donner leur avis. Sur un sujet précis s’il vous plait ! On ne s’y trompe pas d’ailleurs, le sujet du jour est rappelé en bas de l’écran (syndrome “loft story-starac-et-compagnie”). L’espace se ferme, la parole se heurte aux murs du thème proposé, plus rien ne s’échange, mais tout est jeté-là, chair à débattre.

Voilà donc que peu à peu, cette jolie émission libre, causante et pensante s’achemine vers le vain exercice de débat télévisuel, où chacun donne son avis, dont finalement on n’a pas grand chose à faire (un avis est bien différent d’une critique, d’une pensée, d’un discours), si possible mieux et plus fort que les autres, car oui c’est celà qui compte: présenter mieux, s’exprimer mieux, plus clairement, plus rapidement, plus synthétiquement que l’autre. Peut importe le parfum, pourvu que le flacon ait de l’allure.

En espérant que “ce soir ou jamais” ne glisse pas lentement vers une arène (de France), royaume du bon mot et de la phrase choc, je continue à être (plus ou moins) fidèle au rendez-vous.

Bonne chance Fredo, tiens le coup vieux.