“Ce soir ou jamais” s’enferme

octobre 26, 2006

Frédéric Taddéi est un mec qui, une fois le bac en poche, a choisi d’arréter ses etudes car, selon lui, elles l’auraient conduit à un métier. Pendant une dizaine d’années, il a donc vadrouillé, voyagé, s’est cultivé… Un type affichant ce genre de profil a déjà pas mal de raisons de me plaire.

En jugeant sur pièces, ( “regarde les hommes changer” à la radio, “paris dernière” à la télé) on constate en plus qu’il est fin, intelligent, cultivé, analytique, que, contrairement à nombres de ses “confréres”, il sait écouter et laisser la parole circuler.

Malheureusement, son emission quotidienne sur France 3, “ce soir ou jamais” semble avoir quelques problèmes d’ordre mediamétrique entre-autre. Je dis malheureusement bien que personnellement, à priori, je m’en foutes, mais, évidemment, ce n’est pas le cas de tout le monde.

On assiste donc, au fil des émissions à ce désormais classique recentrage que l’on peut voir à l’oeuvre sur la plupart des nouvelles emissions de rentrées depuis quelques années. Sous nos yeux ébahis, semaines aprés semaines, ces émissions mutent. Le “concept” comme “ils” disent s’affine, ou au contraire (c’est plus souvent le cas) devient plus grossier, plus fourre-tout. La disposition du plateau change, le décor évolue etc…

Les premières émissions de “ce soir ou jamais” étaient alléchantes: sur le mode de la conversation, des points de vues s’échangeaient, des rencontres, éphéméres, se faisaient, sans vrais sujets établis, donc sur tous les sujets possibles, les idées et la parole circulaient dans un décor sans véritables formes, plutot un espace où l’on pouvait aller se promener, d’une conversation à une autre. Bref, tout celà était fort agéable et on était à mille lieux de ces fameux “débats” à thèmes…

Le recentrage donc: parce que au fil des émissions, l’espace de “ce soir ou jamais” s’est clos. Taddéi est maintenant au centre du dispositif, et de part et d’autre, des fauteuils où siègent les “invités”. Invités qui sont là pour une bonne raison: donner leur avis. Sur un sujet précis s’il vous plait ! On ne s’y trompe pas d’ailleurs, le sujet du jour est rappelé en bas de l’écran (syndrome “loft story-starac-et-compagnie”). L’espace se ferme, la parole se heurte aux murs du thème proposé, plus rien ne s’échange, mais tout est jeté-là, chair à débattre.

Voilà donc que peu à peu, cette jolie émission libre, causante et pensante s’achemine vers le vain exercice de débat télévisuel, où chacun donne son avis, dont finalement on n’a pas grand chose à faire (un avis est bien différent d’une critique, d’une pensée, d’un discours), si possible mieux et plus fort que les autres, car oui c’est celà qui compte: présenter mieux, s’exprimer mieux, plus clairement, plus rapidement, plus synthétiquement que l’autre. Peut importe le parfum, pourvu que le flacon ait de l’allure.

En espérant que “ce soir ou jamais” ne glisse pas lentement vers une arène (de France), royaume du bon mot et de la phrase choc, je continue à être (plus ou moins) fidèle au rendez-vous.

Bonne chance Fredo, tiens le coup vieux.

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